Cocon ARTY

Cocon ARTY EN VRAIE COLLECTIONNEUSE D’ART STREET ET CONTEMPORAIN, L’ARCHITECTE BRUXELLOISE S’EST CONSTRUIT UN UNIVERS HÉTÉROCLITE ET HYPER – GRAPHIQUE. PENSÉ COMME UN DÉCOR INTIME ET REMPLI D’OBJETS ET D’ ŒUVRES COUPS DE CŒUR.

PAR AMANDINE MAZIERS PHOTOS FILIP VANZIELEGHEM

 

Dès l’entrée, Caroline Notté impose son caractère. Couteau Dah de Birmanie posé dans un coin, gants de boxe accrochés dans un autre, et guerrière manga des artistes Andersson & Low accrochée au mur, autant vous dire que la maison de cette femme forte lui ressemble. Le ton est donné. Nikita, le braque de Weimar, virevolte. Dehors, une sculpture géante de Pol Quadens s’entremêle. L’antre de la guerrière s’ouvre. Il y a de la dou – ceur chez elle, et c’est tout l’intérêt de ce style très personnel qui conjugue les contraires: rose pâle contre noir, classique contre hypercontemporain, pièces rares contre rééditions, street art contre moulure, carrelage ancien contre béton, décalage rieur contre rigueur plus que sérieuse. L’architecte s’amuse autant à tracer des volumes impeccables en jouant avec les perspectives et couleurs, qu’à imaginer une installation feu follet dans son jardin avec masques enfantins, guirlandes et bois ramassés. C’est que la guerrière est une sensible, voilà tout. Et cette sensibilité-là – l’art de choisir des meubles et objets qui donnent vie et d’imaginer des volumes qui respirent – lui ouvrent encore de beaux projets. Elle vient tout juste de rénover l’espace du restaurant étoilé Bon Bon, en travaillant notamment avec le designer Jean-François D’Or pour une installation in situ. Et elle rénove les deux cents chambres de l’hôtel Van Belle avec l’ambition d’en faire le Mama Shelter de Bruxelles. C’est qu’une guerrière a des ressources.

Comment êtes-vous arrivée dans cette maison ?

C’est une ancienne laiterie, en fond de cour, que j’ai rénovée il y a dix ans pour des clients. Pour eux, je l’ai beau – coup transformée, en revoyant tous les volumes notamment. Mais nous avions les mêmes goûts, ce que je faisais pour eux, je l’aurais fait pour moi, et c’est pour ça que j’ai repris la maison il y a un an et demi.
Vous l’avez transformée à votre arrivée ?
J’ai juste refait les peintures, les papiers peints. Je venais d’un loft et j’avais envie d’un espace plus intime dans lequel on se sent bien. Cette maison n’est pas très grande et elle permet justement cela. Dans un lieu comme celui-ci, on est obligé de penser chaque détail et de jouer avec les perspectives pour ouvrir l’espace parfois, et le rendre plus intime d’autres fois. Il n’y a pas plus d’une dizaine de couleurs dans la maison, je les ai définies comme un peintre cubiste sur un tableau. Je crois que ne pas oser, c’est déjà perdre… D’où le jaune pétant pour donner de l’éclat dans un coin sombre, le papier peint Cole & Son au-dessus de la cheminée et le choix de l’asymétrie, que ce soit dans des carrelages que je choisis de tailles différentes, ou dans le positionnement d’étagères. Et puis, dès le départ, j’avais joué avec quelques astuces. En rétrécissant un peu l’escalier pour pouvoir créer un vestiaire coulissant par exemple, ou en créant un puits de lumière sur une terrasse pour pouvoir éclairer le salon.
Les œuvres d’art ont une place primordiale dans votre intérieur…
Je suis fan d’art. Je collectionne depuis une quinzaine d’années. Dès que j’ai commencé à travailler, j’ai dépensé mes premières payes en œuvres d’art. Ici il n’y a que des choses que j’avais déjà et les œuvres ont influencé plusieurs de mes choix de couleurs dans la mai – son. L’immense toile blanche de Paulo Climachauska était faite pour vivre sur un mur noir, et pas étonnant qu’une architecte craque pour cette toile d’une cathédrale des temps modernes. La toile hypercolorée de Maya Hayuk trouvait sa place dans la cuisine noire et blanche. Je n’achète pas pour spéculer, j’achète uniquement au coup de cœur. …

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avril 2016- Cocon Arty - Victoire